En train à travers les steppes Kazakhes

Je foule maintenant le sol Kazakh, premier pays d’Asie centrale que je vais traverser.

Cette région du monde n’est pas tellement connue en France car coincée entre un Moyen Orient dont les médias raffolent et une Chine qui tient à prouver sa puissance au monde. L’Asie centrale est mal connue excepté grâce (à cause ?) du film « Borat ».

La réalité est bien sûr totalement différente de ce qui en est présenté dans le film. Le Kazakhstan est un Pays composé principalement de steppes, qui fut peuplé autrefois de cavaliers nomades turcophones qui évoluèrent en clans sur de très vastes territoires. Les coutumes et traditions de cette époque et de celle de l’invasion par l’armée Mongole, dirigée par Gengis Khan sont encore très présentes au Kazakhstan et se retrouvent dans une grande partie des campagnes de l’Asie Centrale. Au musée d’Almaty, il est possible de voir costumes traditionnels de cavaliers, des yourtes,…

Dans ce vaste pays, pas question de perdre du temps dans les steppes, à essayer de faire du stop ! Cela reviendrait à se dessécher au soleil et je finirais par gaspiller le précieux temps qui m’est accordé par le visa ! C’est en train couchette que nous traverserons les steppes, en direction d’Almaty l’ancienne capitale du Pays.

Astana, la nouvelle capitale à été inaugurée en 1998 par l’actuel président Kazakh, au pouvoir depuis 1990. Almaty reste la plus grand et la plus peuplée des villes kazakhes même si tout est entrepris pour faire d’Astana, LA ville la plus moderne et la plus « belle » du Kazakhstan. La ville est actuellement en grand chantier, de nombreux édifices et quartier devraient voir le jour d’ici quelques années et le Kazakhstan en fait déjà la promotion touristique.

Nous commençons le stop tout proche du poste frontière, dans le but de rejoindre la gare pour se renseigner sur les trains, je lève le pouce et le premier véhicule s’arrête instantanément ! Il nous dépose à la gare directement et lorsque nous descendons du véhicule, il nous annonce qu’il est taxi et nous demande 20$ pour la course. Evidemment nous refusons, rien n’indique sur son véhicule qu’il est taxi, c’est peut de temps après que comprenons que c’est la norme au Kazakhstan, tout le monde est taxi en gros… Pour la confusion et la course, je lui cède deux Manat qui me restent d’Azerbaïdjan ! Le chauffeur est dégouté, lui qui pensait faire l’affaire de la journée !

Deux bonnes nouvelles arrivent ensuite, premièrement le prix du train est tout à fait abordable, la seconde, il reste de la place ! Il arrive que les trains soient complets pour plusieurs jours et qu’il faille attendre ! Notre train part dans l’après midi, juste le temps pour nous de trouver un lieu pour manger, ce sera finalement dans une petite cantine, comme il en existe de nombreuses au Kazakhstan, les plats sont variés et la qualité n’est pas trop mal pour le prix. La seule condition pour manger, c’est de réussir à commander quelque chose…

Notre train entre en gare à 15h, à l’intérieur je découvre l’ambiance de ces trains mythiques à l’instar du transsibérien. Après une semaine passé dans l’apparente modernité offerte par la capitale Azérie, je me sens dépaysé dans cette rame, par les échos de conversations en Russe, ces visages aux traits définitivement asiatiques, avec ces couchettes en cuire rouge vieilli, le service d’eau chaude qui fonctionne au charbon et le mobilier dont les formes et l’état laisse deviner qu’il a traversé plusieurs décennies.

L’agent de bord, une femme d’une quarantaine d’année très agréable et souriante, repli le marchepied qui donne accès au quai, referme la porte et quelques instants plus tard le paysage se met à défiler. La ville d’abord mais très bientôt, les steppes, magnifiques, arides et interminables, que je contemple en savourant une tasse de thé, la première d’une longue série !

Le soleil se couche, sur ces steppes qui ne nous quittent plus depuis plusieurs heures, qui se répètent à l’infini, avec de temps en temps quelque rocheuses ou étendues d’eau, pour le plus grand bonheur de nos yeux qui se reposent fixant l’horizon, laissant la pensée contempler et voyager loin de ces choses, trop près du corps et des passions qui peuvent parfois vous compliquer la vie pour rien. « Regarde au loin » disait Alain… Je me sens presque anormalement calme et détendu.

Le paysage et le mobilier ne sont pas les seuls intérêts de ce voyage, la promiscuité induite par ce voyage en train est propice à la rencontre, à l’échange avec de nombreuses personnes, principalement des locaux, ou des Russes en vacances. Comme d’habitude les curieux passent et repassent devant nous, essayant de capter un regard, d’accrocher une parole, un « éleu maille nam ise… » avant de finalement se lancer et nous poser des questions totalement incompréhensibles pour nous qui ne parlons ni Russe, ni Kazakh, ni Allemand,… « Paruski Niet ! ». Heureusement la barrière de la langue n’est jamais insurmontable, et nous sympathisons avec nos voisins de couchettes ! Ils ont beaucoup de questions et rivalisent d’ingéniosité pour nous les faires comprendre avec les mains ! Beaucoup s’interrogent sur mon prénom qui est d’après eux « un prénom Kazakh » puis me demande si je suis marié, si j’ai une voiture, si j’aime la vodka, de quelle région de France est-ce que je viens… Après les questions viennent les « Nicolas Sarkozy Finish ? », « Brigitte Bardot / Joe Dassin / … very good ! » et d’autres remarques sur la culture musicale ou cinématographique Française ! Lorsqu’ils me demandent quel personnage célèbre je connais de leur pays, je suis incapable d’en citer plus d’un, le président actuel du Kazakhstan : Noursoultan Nazarbayev (J’ai appris son nom lorsque j’étais à l’ambassade pour faire mon visa Kazakh…), le second qui me vient à l’esprit, c’est Borat… la honte ! Le pire c’est qu’ici ils connaissent ce personnage « Borat » et nombreux sont déconcertés par l’image que le film du même nom a donné de leur pays et de leur culture, et je les comprends! La réalité est tellement loin de l’image d’un pays post-soviétique totalement arriéré… Malgré tout et contre toute attente après la sortie du Film « Borat », le nombre de visas délivrés a été multiplié par dix, à croire que l’occident à découvert un nouveau pays qu’il ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam avant cela !

Alors que le film a été interdit au Kazakhstan lors de sa sortie en 2006, le gouvernement reconnait aujourd’hui l’intérêt de ce personnage qui a suscité la curiosité au sujet de leur pays.

Lorsque le train s’arrête pour la première fois nous ne comprenons pas trop le message de l’agent de bord quant à la durée, mais nous comprenons que c’est une pause ! Sur le quai il est possible d’acheter de la nourriture pour le voyage, du thé, du café, des boissons fraiches et mets locaux tels que des « Camca » (Prononcer « Samsa »), de la salade, des beignets à la viande,… Le tout est vendu par des femmes qui tiennent de petits stands au plus près du train ! Lorsque l’on remonte, on peut les voir ranger les produits, probablement pour se déplacer sur un autre quai dans l’attente du prochain train !

A bord, un jeune Garçon russe arrive bientôt avec un jeu de carte, et nous demande dans un anglais plutôt bon « Do you want to play Durak with me ? ». Le Durak est un jeu de carte stratégique très intéressant! Lorsque Kévin m’a appris à y jouer à Antalya en Turquie, j’avais beaucoup apprécié tout en étant loin d’imaginé que c’est probablement le jeu de carte le plus joué en Asie Centrale !

De nombreuses parties de cartes, un bol de nouille chinoise, un nombre incalculable de tasses de thé, et c’est bientôt l’heure d’aller se coucher. Malgré que nous ayons pris la dernière classe, les couchettes sont très confortables bien qu’un peu courtes pour moi… La fenêtre entrouverte, le vent arrive directement sur moi lorsque je me couche ce qui est très agréable vu la chaleur écrasante qu’il fait à l’intérieur du wagon qui a roulé sous le soleil toute la journée !

La deuxième journée passe dans les mêmes conditions, Durak, lecture, grosse chaleur, tasses de thé et noodles ! Nous arrivons à Aqtobe en fin d’après midi, nous devons y effectuer un changement, et nous sommes un peu inquiets car dans le train entre Aqtobe et Almaty, nous avons entendu dire qu’il y a trois couchettes superposées et non deux comme dans le premier. En gros, l’emplacement pour les bagages servirait à faire dormir une personne de plus qui aurait demandé la classe éco! Nous appréhendons donc un peu les deux jours qui nous séparent encore d’Almaty, mais surtout les deux nuits !

Lorsque le train arrive, la réalité est un peu différente de ce que nous avions compris, il y a bien trois couchettes superposée, nous sommes bien sur celle qui se trouve la plus en hauteur, mais le train est bien plus récent, et organisé totalement différemment, finalement il est même plus confortable que le premier et même climatisé ! Je fais connaissance avec les personnes qui partagent la même cabine que moi, et nous sympathisons rapidement ! Parmi ces gens il y a Kayrat, un Kazakh qui vie à Aqtobe mais qui se rend à Almaty pour le lancement d’une gamme de parfum dont il est le responsable commercial.

Kayrat parle un tout petit peu anglais, et est content de pouvoir s’entrainer un peu, et nous faison la connaissance de Baour, un jeune Kazakh très sympas qui parles lui aussi anglais, et qui servira de traducteur pendant ce voyage!

Le voyage semblera passer un peu plus vite que le précédent, les steppes continuent de défiler au rythme des tasses de thés, prise en cabine ou au wagon restaurant !

Durant ce trajet j’apprendrais à lire l’alphabet cyrillique (Je ne comprends pas le sens de ce que je lis, mais c’est utile pour se repérer dans les villes !) et je gouterais du « Kourt », une boule de fromage blanc séchée au soleil ! C’est un peu fort, mais mangeable !

Le train entre en gare d’Almaty après 70 heures de voyage, à l’horizon, fini les steppes, J’aperçois maintenant des montagnes, les premières montagnes du Tian Shan ! Le train s’immobilise, me voila au cœur de l’Asie centrale.

Azerbaïdjan: Eurovision, Visa et Ferry!

Nous venons de passer la frontière Azerbaïdjanaise, une dizaine d’hommes veulent nous échanger nos derniers « Lari » contre des « Manat » (monnaie Géorgienne et Azérie) mais trop incertains sur le taux pratiqué, nous refusons ! Nous sommes arrivés à la frontière plus vite que prévu suite à un changement de direction ! Nous voulions entrer en Azerbaïdjan par l’entrée « principale » à l’Est de la Géorgie, mais alors que nous étions perdus aux abords de Tbilissi, un automobiliste nous a fait bifurquer de notre chemin, vers le sud, par « Roustavi » ! En règle générale, au poste frontière, nous avions toujours trouvé des informations sur le Pays dans lequel nous entrions, mais en passant par ce petit poste frontalier, nous n’avons pas pu obtenir la moindre info ! Après le poste frontière, rien ! Des murs de démarcations, quelques maisons de paysans, un parking pour camion et une route ! Pas la moindre ville à l’horizon !

Un bus fait la navette entre la frontière et Baku, la capitale. Philippe essaie de nous convaincre de le prendre, mais Nathanaël et moi souhaitons nous essayer au stop dans ce pays et garder l’option bus pour plus tard, si le stop ne fonctionne pas. De toute façon nous n’avons pas de monnaie locale il nous serait donc difficile de payer un ticket ! Alors que nous sommes en train de réfléchir à la meilleure solution, le bus nous passe devant, nous avions compris qu’il partait à 22 heures, finalement il est 20h20 et nous n’avons plus besoin de tergiverser, le bus est parti, plus qu’à essayer le stop !

Nous marchons le long de la route le pouce levé, mais aucun camion ne s’arrête. Quarante minutes plus tard nous sommes toujours sur la route, quelques kilomètres plus loin, le stop ne fonctionne pas du tout ce soir, et nos estomacs crient famine ! Heureusement nous apercevons un restaurant de routiers à une centaine de mètre devant nous, enfin une bonne nouvelle, nous allons pouvoir manger, enfin si le restau accepte de prendre nos « Laris » … Le patron du restaurant, Hocine, accepte et nous arrivons en plus à négocier les prix pour une soupe et un peu de viande, puis allons nous asseoir en terrasse privative derrière le restaurant d’où nous admirerons les couleurs pastelles du ciel alors que le soleil se couche par delà la Géorgie ! Après le repas, comme la terrasse se trouve sous une tonnelle en bois, nous demandons s’il est possible de dormir sur place en déplaçant la table, Hocine refuse… pour nous conduire dans le restaurant et nous ouvrir une salle privative pour que nous puissions y dormir, et ce n’est pas fini ! Après ça il nous invitera à sa table pour prendre un second repas, offert, avec kebab, salade de légume, jus de fruits, viande hachée, fruits… un vrai festin ! Nous allons ensuite nous coucher, repus ! Le lendemain matin, nous quittons le restaurant après n’avoir bu qu’un thé, nous ne prendrons rien de plus car nous savons que ce sera offert et nous ne voulons pas abuser de l’hospitalité d’Hocine !

Nous reprenons l’autostop, à peine 15 minutes plus tard un premier conducteur s’arrête et nous propose de nous conduire à « Gence » (prononcer « Jenja ») environs 150 km plus loin ! Durant le trajet, le conducteur nous questionne sur la raison de notre présence en Azerbaïdjan et s’intéresse beaucoup à nos divers projets malgré un anglais approximatif ! Il nous invitera à manger dans un très bon restaurant de Gence ! La suite du trajet en stop se fera aussi facilement que la première partie ! Après un record de vitesse en Lada (160km/h sans ceinture bien sûr…) durant lequel on ne faisait pas les fiers et un trajet avec un militaire très sympa à la conduite irréprochable nous finirons notre route avec deux étudiants en chimie qui nous conduiront durant 4h30 sur les 400 km qui nous séparent encore de Baku, à 5 dans une Lada, sous un soleil de plomb ! Ce n’est pas le trajet le plus confortable que j’ai connu… !

Arrivé à Baku nous nous rendons au point de rendez vous fixé pour rencontrer Fred, un Français expatrié qui nous a proposé de nous héberger ! La ville est en fête, partout sont affichés les symboles de l’évènement du moment : l’Eurovision 2012 ! Nous étions nullement au courant de la tenue de cette compétition à Baku, mais chaque personne avec qui nous aurons l’occasion de discuter dans la rue nous pose la question : « Vous êtes la pour l’Eurovision ? » – « Pas vraiment… » Mais malgré tout nous avons entendu parler d’une soirée organisée par l’ambassade de France pour accueillir Anggun, celle qui représentera l’hexagone pour cet évènement. Nous ne sommes pas invités, mais l’hôtesse nous laissera entrer lorsque nous lui expliquons que nous avons volontairement organisé nos voyages pour passer à Baku pour l’Eurovision… Nous voila en tenues de « Routard » au milieu d’une soirée huppée ! Jus de fruits, vin blanc, petits fours, et photos avec Anggun pour faire comme tout le monde ! Les soirées des ambassades sont plutôt sympas !

Entre recherche d’infos sur le Ferry, l’obtention du visa pour le Kirghizstan, et la recherche vaine de l’ambassade Ouzbèk, le temps à Baku passe très vite ! Après le visionnage d’un reportage sur le Kirghizstan, j’ai décidé d’ajouter ce pays à mon parcours ! Ma visite en Ouzbékistan dépendra elle, à l’inverse de l’obtention où non du visa à Almaty ! Je ferais tout de même un petit tour dans la vieille ville où je verrais “Giz Galasi”, la Tour Maiden, vestige des remparts de la ville datant du 12ème siècle. Et j’aurais aussi l’occasion de me baigner dans la Mer Caspienne grâce à Fred qui nous conduira sur une plage à peu près propre…

Durant toute la durée du séjour à Baku, nous irons chaque jour au port, à une heure de marche pour avoir des informations sur la date et l’heure de départ du ferry ! Nous essayons aussi de négocier le prix, mais c’est impossible, la dame qui s’occupe de la vente de billet et n’est pas plus aimable qu’une porte de prison et ne parle pas un mot d’anglais. Heureusement, pour l’Eurovision, une petite annexe de l’office du tourisme a été installée au port au cas où des personnes arriveraient depuis le Kazakhstan en bateau pour ce bel évènement ! Du coup les hôtesses de ce petit bureau parlent anglais et nous offriront une aide appréciable dans la quête de ce billet de bateau !

Passer au Kazakhstan en Ferry peut rapidement devenir une vraie galère ! Nous avons été plutôt chanceux en comparaison à d’autres voyageurs dont j’ai pu lire les récits sur le web et ce, bien que nous ayons du nous précipiter au port à l’annonce d’un départ inattendu du Ferry, après deux annulations consécutives !

Il est 14h et nous attendons maintenant le droit de passer la frontière pour embarquer à bord du MERKURY-I, qui remplace son petit frère, le MERKURY-II qui a sombré en 2002… Durant l’attente, je fais connaissance avec Jacques, un Français qui à quitté la France il y a 18 ans pour faire un tour d’Europe en courant et qui n’est toujours pas rentré, Jacob, un Israélien qui voyage en moto et je retrouve Mickaël, un allemand rencontré quelques jours plus tôt dans Baku. Ces derniers voyagent en vélo !

Bref, nous pensions passer une dernière soirée à Baku et regarder l’Eurovision avec Fred ! Finalement à 16h nous sommes à bord du ferry, après un passage de frontière un brin laborieux, parce que les douaniers auraient aimé que je leur montre les photos de Baku et de l’Eurovision que j’ai pris… Comme je refuse, tout prend plus de temps ! Je passe 30 minutes debout devant la vitre qui me sépare des douaniers, puis ils me posent tout un tas de questions, au sujet de mon appareil photo, je fais mine de ne rien comprendre. A force de faire l’idiot qui ne comprend rien, ils finissent par se lasser et me laissent finalement passer !

Traverser la mer caspienne ! Depuis le temps que j’attends ça ! Je monte donc à bord du MERKURY-1 et quelques dizaines de minutes plus tard le bateau quitte le port ! Il est ponctuel par rapport au dernier horaire annoncé, la raison est simple, il y a dans la soute un train chargé de pétrole…

A bord du bateau les passagers sont peu nombreux, une vingtaine tout au plus. Je passe un long moment à contempler l’horizon alors que nous nous éloignons de Baku ! La mer Caspienne est la plus grande masse d’eau enclavée du monde, elle est environ trois fois moins salée que le reste des mers et océans du globe sauf dans la baie de Kara-Bogaz (Turkménistan) où la salinité est, à l’inverse, beaucoup plus élevée. Au large nous croisons de vieilles plateformes pétrolières abandonnées et d’autres structures métallique donnant à cette mer des allures post-moderne.

La nuit arrive, quelques nuages me cachent la fin du couché de soleil, tombant sur l’Azerbaïdjan cette fois. Après un repas très moyen à la cafeteria du bateau et un dernier tour sur le pont de nuit, je regagne ma cabine !

À mon réveil la terre est en vue ! Mais à une dizaine de kilomètres du port, le bateau jette l’ancre et nous passerons le reste de la journée à bord sans informations quand au débarquement ! Il peut être à midi, six heures, ou le lendemain! Lorsque la nuit tombe nous sommes toujours à bord et espérons passer une deuxième nuit à bord mais c’est à ce moment là que les moteurs redémarrent ! Débarquer au beau milieu de la nuit, quel bonheur ! C’est à 1h00 du matin que je pose le pied sur le sol Kazakh, enfin, je n’ai pas encore passé la frontière ! Une heure plus tard je suis véritablement au Kazakhstan ! Il est 2h00 du mat, nous sommes en plein milieu d’une zone industrielle consacrée aux énergies fossiles, l’odeur de pétrole est répugnante !

Nous cherchons ensuite un endroit où dormir le long de la route, en vain ! Les chiens errants nous pousserons à faire demi-tour. Finalement nous établissons le bivouac juste devant le poste frontière !

Il est 3h00 environs lorsque je me couche, et le soleil ne me laissera pas faire la grasse matinée le lendemain ses rayons me réveillent aux aurores! Je plie bagage avec Philippe et Nathanael, c’est parti pour l’Asie centrale !

Passage éclair en საქართველო!

საქართველო = Géorgie

En ce début de voyage, beaucoup ont remarqués que notre progression est plutôt rapide! Effectivement, en 40 jours nous étions déjà à Baku en Azerbaïdjan! Si cela semble rapide, il faut savoir que cela correspond juste à notre souhait d’avancer rapidement vers les pays les plus lointain, où il sera peut être difficile ou impossible de retourner à l’avenir lors de “simples” vacances. D’autant que je vais ajouter le Kirghizstan à la liste des pays d’Asie centrale que je vais traverser, entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan.

Depuis Antalya en Turquie nous n’avons voyagé qu’en stop. Après un premier essai en demi-teinte en Bulgarie le stop s’est avéré plus qu’efficace et très facile en Turquie, en Géorgie et en Azerbaïdjan! C’est avec 43 conducteurs différents que j’ai effectué ce long parcours, parfois seul sinon en compagnie de Philippe et/ou de Yogo.

Je suis incapable de compter le nombre d’attentions que les gens ont eu à mon/notre égard. Entre les conducteurs qui vous offrent un çay, ceux qui vous achètent une boisson fraiche pour s’excuser de ne pas avoir la climatisation, ceux qui vous invitent au restaurant, qui vous organise un barbecue ou qui vous font même des petits cadeaux…

Grâce à eux, nous sommes arrivés en Géorgie à Batumi le 10 Mai 2012 vers 20h00! Comme nous n’avions pas prévu d’y être si vite, nous n’avions nulle par où dormir! Notre conducteur expliquera la situation à un chauffeur de taxi avant de nous quitter pour nous simplifier la vie! Quelques kilomètres après la frontière et tout est différents, on se sent complètement dépaysé de la Turquie à laquelle nous nous étions bien habitué!

En Géorgie l’alphabet utilisé n’est pas l’alphabet latin mais l’alphabet Géorgien, créé par Pharnavaz Ier, premier roi de la Géorgie! La sonorité de la langue est totalement différente du turc, les constructions environnantes influencées par la culture Orthodoxe sont éloignés des styles que nous avons l’habitude de voir, Bref! Un autre pays s’offre à nous!

Le chauffeur de taxi nous conduit pour 10 Lari (Monnaie locale) chez un couple de personnes âgées qui ont aménagées un dortoir dans une pièce de leur maison. Nous y déposons nos affaires puis repartons dans le centre ville! En cherchant un lieu où nous pourrions trouver du wifi. Nous faisons la connaissance de Benyamin, un géorgien très sympathique, patron d’une imprimerie qui nous demande de retourner chercher nos affaires pour les amener chez lui, il nous propose de nous héberger tout le temps de notre présence à Batumi.

Un de ses amis nous emmène chercher nos affaires, c’est ainsi que je suis pour la première fois (mais pas la dernière) monté dans… une Lada!

En arrivant chez Benyamin, une dizaine d’hommes sont assis autour de la table! Benyamin est un sacré personnage qui a de (très) nombreux amis! Ce sera soirée Barbecue, j’aurais l’occasion de gouter (…) du vin Géorgien! Leur culture de dégustation du vin est un peu différente de la notre… disons qu’elle n’est pas aussi “subtile”! L’amitié Franco-Géorgienne a de belle année devant elle vu le nombre de toast qu’ils lui porteront cette soirée là…

Le lendemain, direction le consulat d’Azerbaïdjan pour faire nos demandes de visa. Nous avons entendu beaucoup de choses au sujet de l’obtention de ce visa. Parfois très difficile à obtenir, parfois très simple, nous ne savons donc pas trop à quoi nous attendre! En arrivant à 11h00 nous pensons être très en retard mais nous croisons l’agent chargé des visas qui prend son café à la petite boutique du coin. Il nous aborde très sympathiquement dans un parfait anglais et nous demande de patienter. Il semble que le consulat ouvre à 11h00… Nous sommes reçu au bout d’une quarantaine de minutes, plusieurs personnes nous sont passées devant, en discutant avec les policiers qui gèrent les entrées/sorties. Ce petit jeu est très agaçant, à tous les postes frontaliers, et aux diverses ambassades, il y a toujours tout un tas de personnes qui pleurent sur leur sort, qui amènent un enfant en bas âge, qui font mines d’être des hommes d’affaires pressés pour vous passer devant! Mais rester courtois et souriant est impératif pour obtenir son visa sans problème, alors je bouillonne en silence…

Une fois entrée dans le consulat, tout a été très vite, première bonne nouvelle, nous n’avons pas besoin de lettre d’invitation, deuxième bonne nouvelle, nous aurons nos visa le lundi matin! 🙂 La troisième bonne nouvelle arrivera le lundi matin, lorsque l’agent oubliera de faire payer l’un d’entre nous! Nous aurons nos trois visa pour 150€ au lieu de 225€ soit 50€ chacun contre 75€ demandés!

Durant le week end, j’aurais l’occasion de visiter Batumi et de faire, enfin, un saut dans la Mer Noire!

Benjamin nous emmènera déguster une délicieuse Khatchapouri pour le petit dèj dans un bon restaurant de Batumi si cette spécialité est plutôt “bonne” les 300 grammes de beurre qui entrent dans la composition d’une portion INDIVIDUELLE sont peut être un peu lourd à digérer…

Nous gouterons aussi de très bon “Khinkali” dans le restaurant d’un ami de Benjamin! Nous ferons la connaissance d’autres amis de Benyamin chaque soir, tous plus sympathique les uns que les autres!

Le lundi suivant, nous récupérons nos visas et nous pensions reprendre le stop juste après! Ce ne sera finalement pas le cas! Nous démarrerons le stop vers 16h20 alors que nous avons plus de 400 km à parcourir pour atteindre Tbilissi! A ce moment là, nous n’avons pas encore expérimenté le stop en Géorgie et ne savons pas vraiment ce que ça va donner!

Nous atteindrons finalement Tbilissi en Stop dans la soirée, c’est un Taxi qui nous conduira jusqu’à destination! Le client à loué un taxi spacieux et nous en fait profiter! Nous ferons la connaissance de “Adam-Elias” un autre auto-stoppeur qui souhaite se rendre à Tbilissi! En chemin, le chauffeur s’arrêtera pour nous acheter des “Nazouki” la spécialité de la ville de Souramie! Une sorte de pain brioché à la cannelle, un régal!

A Tbilissi, nous sommes hébergés par Kenny, un américain passionné de triathlon que l’on ne verra pratiquement pas tant il passe d’heures à s’entrainer! Nous aurons donc du temps pour visiter la ville! Tbilissi est située sur un point stratégique entre l’Orient et l’Occident, sur le chemin de la route de la soie! Visiter la ville est à peu près agréable, si ce n’est la pollution et les larges routes qui cisaillent la ville et qui sont extrêmement dangereuses à traverser… Nous faisons le tour de quelques monuments à voir avant de rentrer!

Le lendemain, nous quittons l’appartement de Kenny vers 12h, allons au Mac Donald pour profiter du wifi et planifier la suite des évènements! A 16h20, nous commençons le stop vers l’Azerbaïdjan,même si une fois de plus nous ne sommes pas vraiment en avance, nous seront a la frontière avant la nuit !

Une fois la frontière passée, nous nous retrouvons au milieu de nulle part, la première « ville » est à 15 de km, nous n’avons pas de carte du pays, pas d’argent local, pas de nourriture, la nuit arrive et l’endroit semble infesté de moustiques…

Pressé de voir ce que nous réserve ce pays 🙂

Surprenante Cappadoce

Lors des préparatifs de mon voyage, ce sont les images de cette région qui m’ont convaincues de passer en Turquie. J’étais très pressé d’y arriver, pour voir de mes propres yeux les paysages qui la composent!

En quittant Konya, la ville des Derviches, je savais que la prochaine destination serait la Cappadoce! J’étais donc particulièrement impatient et j’appréhendais les éventuelles galères et attentes intrinsèques aux trajets en Auto-stop! Il n’en sera rien! En trois heures à peine nous serons à Gorëme, tout proche de Nevsehir, au centre de la Cappadoce!

Après un petit tour dans la ville nous cherchons un endroit où dormir. Rapidement nous nous apercevons que les tarifs annoncés dans notre “Lonely planet” sont loin de refléter la réalité. La Cappadoce est en phase de devenir une zone touristique majeur, toutes les “pensions” et les restaurants on revu leurs prix à la hausse. Ceux répertoriés comme “meilleurs rapport qualité/prix” sont ceux qui ont le plus augmenté leurs tarifs… Nous choisirons finalement de dormir dans un camping où nous négocierons les tarifs au plus juste: 4€ (8,5 TL) par nuit et par personne.

Le lendemain, nous quittons le camping avec nos sacs à dos. Nous souhaitons visiter la Cappadoce et bivouaquer une nuit ou dormir dans une des habitations Troglodytiques que l’on compte par centaines dans cette région. Les premières auraient été creusées 4000 ans AV- JC par les Hittites, premiers habitants d’anatolies, pour se protéger des invasions Perses et Arabes. Des cités souterraines ont été construites. Elles pouvaient accueillir plusieurs dizaines de milliers de personnes, sur plusieurs niveaux. Certaines pouvaient comporter une vingtaines de niveaux creusés dans le sol! Aujourd’hui certaines cités enfouies sont accessibles au public mais les niveaux les plus profonds restent inaccessibles car rempli de sédiments. Ces sédiments, en si grande quantité, semblent provenir du dégel du Würm et qui supposerait que certaines galeries aient été creusées avant cette ère, soit 100 000 Av JC!

Nous marchons donc plusieurs heures sous le soleil à travers les vallées de “Tuf”, cette roche formée de particules volcaniques qui compose le paysage inattendu de ce lieu. Nous errons plusieurs heures dans les gorges menant à la Rose Valley,

puis traversons la Red Valley en direction de “Çavusin”,

nous continuons sur la Monk’s Valley,pour enfin atteindre Zelve où nous souhaitons dormir. En arrivant, nous sommes très enthousiastes, un très grand nombre de “grottes” sont accessibles, mais rapidement nous déchantons. Ces habitats troglodytiques sont trop accessibles, résultat, ils sont souvent squatté et leurs sols sont jonchés de débris de verre… impossible de poser les duvets dessus sans les abimer! Nous décidons de dormir dehors sous nos tentes. Si nous sommes un peu déçus, la beauté du paysage suffit à nous réconforter!

Le lendemain matin, vers 6h00, nous sommes réveillés par d’étranges bruits assourdissant. Je sors de la tente et me retrouve face à des gens qui visitent la Cappadoce en montgolfière. Les pilotes leurs font raser le sol et comme nous avons installé le bivouac sur la partie la plus haute de la zone, les gens sont à notre niveau à quelques mètres de nous seulement. Ils semblent amusés de nous avoir réveillé…

Comme nous sommes réveillé, nous en profitons pour reprendre la marche vers la destination suivante, à 4 km: la “Imagination Valley”. Celle-ci est connue pour ses roches en forme d’animaux! Après une petite heure de marche nous arrivons sur place. Cette vallée porte bien son nom, il faut effectivement beaucoup d’imagination pour voir, entre deux cars de touristes, un rocher en forme de chameau (ou d’escargot pour certain), un lapin ou un élephant!

Après cela nous repartons vers Avanos, un peu fatigué de notre courte nuit, nous ferons du stop! En chemin nous sommes déposés près d’un magasin de poteries en travaux! L’un des hommes présent parle un peu de Français! Il nous fera visiter le magasin, et nous expliquera tout un tas de choses très intéressante au sujet des poteries, de leurs fabrication, mais je n’en retiendrais malheureusement pas grand chose… Avanos ne présentera finalement que très peu d’intérêt nous rentrons donc plus tôt que prévu en stop jusqu’au Camping à Gorëme.

Le lendemain, nous souhaitons visiter Uçhisar, dont le château surplombe toute la pleine de Gorëme. Nous prenons la route et nous y sommes rapidement. Depuis le “château” nous avons un point de vue superbe sur les pleines environnantes. Hormis ce point de vue, ce lieu ne présente absolument aucun intérêt et le tarif d’accès est bien trop élevé à mon goût (2,5€). Heureusement nous avons bénéficié du tarif étudiant qui s’applique même aux étudiants étrangers (Si, si, je suis toujours étudiant 😀 ).

Nous prenons ensuite la direction de Kaymakly, pour y visiter une ville souterraine dont l’accès serait gratuit. En chemin je me rends compte que nous avons oublié de prendre nos lampes frontales, ce qui compromet la possibilité de visiter la ville souterraine… nous arrivons rapidement à Nevsehir, où la pluie redouble d’intensité. Le mauvais temps, l’heure tardive et le manque d’équipement auront raison de notre motivation. Nous rentrons au camping, déçu et contrarié de ne pas avoir pu faire ce que nous voulions. Pour nous changer les idées nous irons manger au restaurant. Nous choisissons le plus vieux restaurant de Gorëme: “Dibek” qui aurait 475 ans…

Nous quitterons ensuite la Cappadoce, direction les rives de la Mer Noire en stop! Nous arrivons en 2 jours à Samsun, après une pause à Sivas! Nous visitons rapidement la ville avant de continuer vers Ordu où nous passerons trois jours. Merci à Ali & Maaike, Turgay, Vincent & Julia et ses colloc’!

En quittant Ordu, nous n’avons pas de plan particulier, nous souhaitons avancer vers la Géorgie et faire une pause à Trabzon si l’occasion de présente. Mais le destin mettra sur notre route Dushdurdu, un très sympathique conducteur Azéri qui nous mènera directement jusqu’en Géorgie, 500 km plus loin!